mardi 29 mars 2022

Petite tentative de faire aller

 J'aimerais réussir à acquérir une petite pratique de l'écriture et de la lecture, et ce blog a toujours été là pour ça je crois, m'accompagner. Alors me voilà, écrivant dans la pénombre, tentant de percer l'opacité de mes pensées récentes, qui encombrent l'air comme un nuage de guêpes! Il est 20h44 au moment où je l'écris, et la journée pluvieuse printanière qui vient de se dérouler s'enfonce dans la nuit. Elle contraste avec la semaine passée, si vive, si lumineuse, si chaude.

L'idée de reprendre Nerval m'est revenue, comme à tous les printemps. Et puisque cela va mal, alors j'ai lu un roman policier suédois qui m'a plu, ou beaucoup plu. Celui qui n'était pas un meurtrier du duo Hans Rosenfeldt et Michael Hjorth. Il n'est pas franchement bon, mais il me convenait à ce moment et je fais le choix de m'attacher à lui, en un sens. À ses petits manques, à la simplicité de l'intrigue et la banalité de la caractérisation des personnages, je préfère la grande immersion que la lecture m'a permise.

J'ai une crise d'aphte et je suis très lasse, comme souvent. Je garde sur moi une empreinte de l'absurde, comme marquée au fer rouge de inconsistance du monde. Ça me gratte, et ça vous fera peut-être rire. Le weekend dernier j'étais à un mariage. Il y a des moments que j'ai adoré vivre là bas, d'autres qui m'ont paru terribles, caricaturaux au plus haut point. Le lendemain, le brunch, je crois que ce fut mon moment préféré, il y avait un camion à pizzas napolitaines (délicieuses) dans la cour et le soleil était divin. Je suis fascinée par cette tradition tout de même, la bénédiction à l'église, les chants, les vœux. Ce qui m'a plu le jour même du mariage étaient la si jolie petite église romane, sa toiture en bois sculpté et peint et la robe blanche classique, très bien coupée qui tombait si bien sur le corps mince de mon amie.

Le soleil était incroyable.

L'autre jour, je suis tombée sur un tableau qui m'a profondément marquée. J'avais l'impression de me retrouver en lui, de m'y voir ou de voir une projection parfaite de mes envies, du calme vers lequel je tends.

 

Ce magnifique tableau, Plaisirs silencieux (ou Quiet Pleasures, comme trouvé sur twitter) est l'œuvre d'un peintre belge, Gustave Max Stevens. Il m'a frappée tant il semble qu'il est en mouvement, que la vapeur s'évapore de la petite tasse (de chocolat?) sous nos yeux alors qu'il représente un temps suspendu, une parenthèse exquise. Notre regard, en se mouvant de gauche à droite, de droite à gauche, active le balancier : la main tourne, la vapeur virevolte, ainsi le temps s'écoule.

Entre autres choses, j'ai commencé Le Temps retrouvé de Proust — je touche à la fin de la Recherche avec joie et tristesse, et je lis The Diary of Virginia Woolf dont je peux dire que c'est une merveille de lumière. C'est incroyable de voir à quel point elle allait mal, et comme écrire la retenait. C'est peut-être grâce à elle que je fais ça, que j'écris ici.

mercredi 29 décembre 2021

 

Dans mon esprit d'enfance se sont cristallisées des images impressionnistes de nature, le musée d'Auvers-sur-Oise, la nature si inspirante, luxuriante, réfléchissante d'un bonheur pur et simple, au bord de l'eau. Certains films m'ont plongée au cœur d'un imaginaire si blanc et pur, fait de mousseline, de marbre en farandole. Rêve de pierre inondant, idée d'un rivage grec aux ombres de temples, ruines lascives au cœur de la campagne romaine, tout forme un socle intact fixé aux fondations de mon âme. J'écoute — transpercée, la musique de Debussy dans ses arabesques oniriques. Si mélancoliques. Nostalgie du malade. Je suis perdue.

Et je me répète stupide enfant, stupide enfant, stupide !

mardi 28 septembre 2021

 Et je demeure là en suspens dans l'écrin de la nuit, à écouter le Piccadilly de Satie et à repenser à la solitude dans le Van Gogh de Pialat. Parfois on voit le monde à travers le truchement de l'art, et notre cœur reste au bord, incapable d'assouvir ses désirs artificiels. 

Le lieu de l'image. Je revois ces captures du film et je me dis que les personnages semblent presque dérobés à eux-mêmes, et la distance, l'espace entre eux, sont le crève-cœur ultime. & l'eau, & le blanc, & Auvers & la lumière ...






lundi 13 septembre 2021

 Si elle se sent être dans le lieu de l'écriture, alors je m'y sens perdue. J'y suis jetée comme dans un océan tempétueux 
tout me maltraite dans cet espace, quand je le désire propre, clair et beau —
non c'est une houle déchaînée au creux d'un ciel d'obsidienne. 
—— voilà : comme jetée dans un océan pris au piège dans une roche
 
Humain. Si elle se sent être une personne, de mon côté je suis un monstre, un humain — je ne cherche que l'instinct, ou le retour à l'humus, à la terre, à la mousse. Je cherche à me défaire des oripeaux suintants de notre culture. Je voudrais brûler le langage, quand je me figure endormie au fond d'une forêt.

Nous n'avons besoin que d'écrire, il faut oublier la confiance, balancer notre ego, piétiner une quelconque estime.

vendredi 10 septembre 2021

Révélation

 Il faudra pourtant tenter de poser des mots sur l’indicible, renouer avec ce cruel langage.

À l'orée de la forêt, à travers les branchages d'arbres centenaires j'ai vu une lumière si singulière et pure dans le vert dilaté. Une joie qui s'offre à moi et que j'invite, que je cueille. Faite d'air, de lumière, d'odeur et d'eau, elle me caresse, elle me chamaille, elle m'attire.

C'est enterrer un autre monde, un monde mort, qu'il faudrait — peut-être. C'est ouvrir les bras à l'onde, au vert qui nous étreint, qui nous embrasse chaudement. Il faut le dire, ce monde qu'on laisse, le voir, le respirer, à l'ombre des pierres blanches. C'est en son sein que naissent les querelles et les murmures, mais puisqu'il est mort et qu'on danse sur sa tombe sous un soleil brûlant, on porte son souvenir nécessaire.

Il n'y a personne, l'espace est vide, et les arbres nous y caressent.