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samedi 8 avril 2017

Après tout peut-être or: the post-book depression hits hard.



Il a quelque chose de très pur dans l'écriture de Maggie Nelson – mais aussi dans celle de Marie Ruefle, une sorte d’ascèse, de perfection de leur rapport avec l'écrit. J'ai conscience que leur vie n'est pas leurs livres, mais j'adore le foisonnement de références et la discussion constante qu'elles entretiennent avec les textes qu'elles étudient, celle de Claire-Louise Bennett également. Je crois qu'il y a une substance de l'existence qui est exacerbée chez elles, et qu'elles sont en contact presque constant avec elle. De plus, je constate que l'anglais produit chez moi un émerveillement, les textes sont si beaux, la langue si brillante et pointue, que je m'y pique avec un plaisir sentimental. 

Leurs livres m'ont donné quelque chose que je n'aimerais pas perdre, que j'aimerais ne jamais perdre. Mais bien souvent, on le perd, malgré le fait qu'on le souhaite indéfectible, le spectre du livre s'efface peu à peu. Il faudrait relire, mais la relecture risque de décevoir, parce que la première lecture n'est pas constituée que du texte lui-même, mais de tous les contextes qui entourent et font le livre. Recréer l'espace de première lecture est impossible. C'est cette perte qui m'est la plus pénible. 

Je découvre ainsi que je suis éminemment proustienne dans mon rapport à la lecture, à mes journées de lecture. Je suis dans la mimétique de l'impression que les livres laissent sur moi. Peut-être suis-je plus sujette au bovarysme que ce que je croyais.